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Une nouvelle interview avec un petit portfolio en prime

Le lien pour l’article complet: 

http://www.map-photo.fr/actus/interview/interview-philippe-dollo/

INTERVIEW PHILIPPE DOLLO

Philippe Dollo, le photographe formé à l’ancienne passé par MAP en 2011 se livre « chambre ouverte » sur  son histoire et sa passion.

Vous êtes photographe free-lance depuis 1990. Cette profession a considérablement évolué, racontez-nous vos débuts.

Avant de devenir free-lance, j’ai commencé à approcher le milieu professionnel en devenant assistant dans une agence de presse parisienne. C’était une école  »gratuite », c’est à dire où l’on se retrouve à bosser à temps plein bénévolement! Pour payer le loyer de ma chambre de bonne, je faisais de la télévente le soir en proposant le Figaro aux mémés du 16ème! Le jour, dans l’ombre des photographes établis, j’ai pu apprendre le métier  »à l’ancienne » : labo, retouches des tirages, préparations des planches contacts, montages des diapos, livraisons dans les journaux, rangements des archives, préparations du studio avant les séances de portrait  »people »,  »diaph 8 et demi sur la chemise!…et votre sandwich jambon ou fromage? »

Ma première parue fut un 3/4 de page dans le Nouvel Obs… A partir de 90 je suis donc devenu free-lance: c’est à dire que j’ai pu arrêter les petits boulots alimentaires plus ou moins pourris pour me financer par…des petits boulots alimentaires mais photographiques! Cette vie de bohème au jour le jour me comblait pleinement. Je me sentais  »en vie », heureux dès que je me retrouvais en contact direct avec la photographie.

Premier choc ?

Un premier voyage en Inde me donna le goût du grand reportage. Mais c’est sous la recommandation du photographe Xavier Zimbardo que j’ai débarqué en 93 à mon premier festival des Rencontres d’Arles. Cour de l’hôtel Arlatan, des anonymes venus du monde entier présentaient religieusement, en gants blancs, des tirages géants magnifiques à un vieux monsieur à la barbiche blanche. C’était les fameuses lectures de portfolios de Jean-Claude Lemagny. Sous le choc,  je découvris la lumière. Je compris soudain combien j’étais aveugle. Toutes ces années, j’avais fait beaucoup de photos mais jamais encore je n’avais fait de LA photographie.

Immédiatement, j’ai séparé la photo commerciale de la photo perso,  que je finançais principalement avec des commandes d’entreprise. Voir la lumière est une chose, l’atteindre en est une autre. Il faut entrer en soi et descendre profond, remuer la vase. Le doute et l’instabilité se sont installés et ne m’ont jamais plus quitté.

Après un passage par Opale, l’agence référence pour le portrait d’auteurs vous continuez de mener des travaux persos et des commandes. Est-ce que la multi-casquette était une nécessité, l’est encore ou est-ce par choix ?

Cela fut toujours nécessaire, aujourd’hui encore plus qu’hier. Mais, outre la motivation financière, une commande est également enrichissant spirituellement et pouvoir réaliser une diversité de formes de photographie s’avère tout simplement excitant. Récemment on m’a demandé de photographier des boites de pilules genre viagra mais bio! Ça a l’air tout bête à faire mais c’est bourré de pièges techniques à résoudre, de reflets malins sur la pochette. J’ai du construire un cyclo miniature, un studio à la taille des Barbies de ma fille pour un Ken photographe à cause d’un vilain reflet de flash que je n’arrivais pas à compenser. Pour la presse magazine, l’essentiel des commandes consiste désormais à des demandes de portraits  »people ». Parfois vous rencontrez quelqu’un que vous aimez, que vous admirez, et vous vous retrouvez à papoter avec lui autour d’un café dans sa cuisine après la prise de vue. Mais souvent il faut faire vite, parfois très vite. Pour Nanni Moretti, l’interview du journaliste s’était prolongé et l’attachée de presse voulait annuler la prise de vue.  »On vous enverra une photo gratuite » qu’elle m’avait dit la bougresse. Je suis resté ferme:  »30 secondes, vous pouvez bien m’accorder 30 secondes? ». Mais en moins d’une minute, que voulez vous faire? Je venais de récupérer ma fille à l’école. Je lui ai mis mon flash dans les mains pour éclairer le réalisateur. Epuisé, tendu par les multiples interviews, Moretti m’a soudain regardé avec beaucoup de douceur:  »è tua figlia? »  »Si Signore ». Son visage fatigué s’est éclairci d’un beau sourire. J’ai pris 3 photos avant de le remercier. Une belle  rencontre qui a duré exactement 45 secondes…

On dit le métier sinistré, quel est votre avis ?

Si la photo est toujours une profession, je ne sais pas si l’on peut encore et sérieusement la considérer comme un métier. On est en pleine ambiance  »Titanic ». Le paquebot coule mais l’orchestre continue de jouer pendant que nous ne cessons de prétendre de danser frénétiquement sur le pont…

Quel est le propos de votre projet  »The Fragile City » exposé à MAP Toulouse en 2011? L’attraction des photographes pro ou amateur pour NYC est forte. Quelle relation entretenez-vous avec cette ville?

 »Fragile City » est le résultat de déambulations urbaines dans New York lorsque la lumière se fait capricieuse et qu’il faut s’enfoncer dans ces zones ou l’on a plus de chances de  »rater » l’image que de la réussir. . Le propos de cette série n’est pas de montrer quelque chose de particulier mais plutôt d’arriver à emmener les gens dans leur propre imaginaire de cette ville mythique. Intimement cette série évoque une période charnière de ma vie. En 2001, avec mon épouse enceinte de notre première fille, nous avions quitté Long Island pour nous installer à Brooklyn dans un  »brownstone » du quartier de Bed Stuy, à l’époque encore considéré comme un ghetto. La ville était dure mais intensément vivante et géniale. Dans notre  »block » nous avions un rapport quasi familial avec nos voisins pour la plupart africains-américains ou originaires de toutes les différentes iles des Caraïbes. Le dimanche nous ne rations jamais les cérémonies gospels à paroisse du quartier. Il y avait aussi une communauté artistique locale très active en ébullition. La naissance de notre fille fut suivie 3 semaines plus tard de l’effondrement des tours jumelles. Bonheur et horreur. La vie a continué mais les conséquences de l’après 11 Septembre se répercutèrent sur mes images : mes villes devinrent fragiles et s’enfoncèrent de plus en plus dans la nuit et l’abstrait.

Quelques mots sur la série sur NYC que vous venez de redécouvrir.

Les années ont passé vite depuis que nous sommes à Prague. Récemment des amis brooklynois nous ont raconté combien notre quartier avait changé, et puis la photographie aussi a beaucoup évolué. Je suis retourné faire un tour dans mes vieilles boites de tirages de lecture, dans mes classeurs de planches contacts.  Cela m’a donné envie de monter une série à partir d’images inédites du quotidien frénétique de Brooklyn, cette vie si particulière qui nous paraissait banale à l’époque et qui est devenu presque extraordinaire en y repensant maintenant avec la distance depuis la vieille Europe.

Quel est le souvenir de votre participation au festival MAP ?

L’agréable sensation d’avoir participé à une aventure à ses débuts. Cette année, rien qu’en regardant le nouveau site web, on sent bien que MAP prend de la  »bouteille », trouve ses marques chaque fois un peu plus.

L’extrême difficulté à trouver du travail entraine beaucoup de  »pros » à se consacrer principalement à des projets persos. Et comme tout le monde désormais fait des photos même votre mémé ou votre gamin de 5 ans, le photographe  »amateur » contemporain s’il est sérieux, doit vraiment s’engager, chercher son propre langage photographique. Du coup la frontière entre  »amateurs » et  »pros » est devenu plus opaque, incertaine. De nombreuses passerelles se bâtissent sur lesquelles on se croise, se retrouve et partage sa passion photographique. C’est le cas de plus en plus chaque année chez vous. Je pense que MAP ne devrait plus s’appeler  »festival de la photo amateur » mais plutôt  »festival des  amateurs de photographie »…

Une image, une série, un travail, un film  qui vous a interpellé récemment ?

Il y a deux expositions fantastiques en ce moment à Prague au centre d’Art contemporain DOX [http://www.dox.cz/en/]: A l’étage, des extraits vidéos des films de Jonas Mekas le légendaire cinéaste avant-gardiste américain et dans les grandes salles obscurcies du rez de chaussée, de nombreuses projections du grand activiste culturel Krzysztof Wodiczko. Marginaux, laissés pour compte, victimes de traumatismes, d’abus anonymes, s’expriment humblement à travers des vidéos projetées sur des édifices et monuments publics et nous amènent à réfléchir sur les multiples contradictions sociales de nos sociétés modernes. Dans l’une des salles, un récent projet créé en coopération avec DOX:  des bustes alignés solennellement de grandes personnalités de l’Histoire Tchèque semblent nous scruter en silence. Soudain, alternativement chaque tête s’anime et nous parle. Les visages de jeunes Roms de la ville de Sluknov Spur épousant parfaitement les contours des statues racontent leur quotidien face au racisme d’un pays qui les rejette. A ne pas rater si le hasard vous amène à Prague.

On lance les concours de la séquence Huis Clos, qu’est ce que cela vous donne envie de photographier ?

Terme juridique assez froid au sens propre,  »huis clos » évoque,  je crois au figuré, une confrontation entre des personnes coupées du monde extérieur. D’un point de vue photographique, cela ouvre immédiatement de réjouissantes et larges possibilités d’interprétations, comme l’a bien montré Ulrich Lebeuf dans son récent workshop toulousain. Huis clos forcé ou volontaire, intime ou collectif, espace social oppressant/oppressif ou que l’on va, au contraire, clôturer soi-même pour mieux préserver son espace de liberté… les portes d’explorations ne manquent pas et en font une thématique excitante.

Je ne sais pourquoi, cela m’évoque immédiatement un couple qui se cloitrer pour vivre une passion sans compromis,  prêt à aller jusqu’à une forme d’autodestruction. Je pense à ce vieux film de Bertolucci dont j’ai toujours aimé la photographie:  »Le dernier tango à Paris ». La photographe Emily-Jane Major a monté un très beau projet conceptuel à partir du film. Elle a réalisé des cartes postales de chaque plan qu’elle a envoyé à des inconnus. Au dos de chaque carte: son adresse et ces mots  »Love is… ». A partir des nombreuses réponses reçues, Emily-Jane a monté un beau livre repassant le film en plan-séquence avec à chaque fois la définition de l’amour par un inconnu. [http://www.ejmajor.co.uk/works/love/]… Voilà: Huis Clos me donne envie de photographier l’Amour…

Propos recueillis par Anais Florance

Some views of ”Territoires de Mémoire”

A very happy curator…

A very happy curator…

A few ”souvenirs” of the opening of ”Territoires de Mémoire” the great show of my students at the French Institute of Prague.

14 février 18h: ”TERRITOIRES DE MEMOIRE”. 
Un VERNISSAGE à ne pas manquer à l”Institut Français de Prague!
Pendant 1 mois mes ”p’tits élèves” des ateliers photos investissent la prestigieuse Galerie 35 conjointement avec les participants de l’atelier d’écriture. 
Une soixantaine d’images sélectionnées et mises en scène par Bertrand Schmitt et moi même.
Venez nombreux nous soutenir et boire le verre de l’amitié.

14 février 18h: ”TERRITOIRES DE MEMOIRE”. 

Un VERNISSAGE à ne pas manquer à l”Institut Français de Prague!

Pendant 1 mois mes ”p’tits élèves” des ateliers photos investissent la prestigieuse Galerie 35 conjointement avec les participants de l’atelier d’écriture. 

Une soixantaine d’images sélectionnées et mises en scène par Bertrand Schmitt et moi même.

Venez nombreux nous soutenir et boire le verre de l’amitié.

Cette année, c’est 4 cartes de voeux ou rien!

Cette année, c’est 4 cartes de voeux ou rien!

En Europe, tranquillement, petit à petit, l”oiseau” refait son nid…
BUDAPEST 2012 - ©Photo: Philippe Dollo

En Europe, tranquillement, petit à petit, l”oiseau” refait son nid…

BUDAPEST 2012 - ©Photo: Philippe Dollo